Art

Manifeste Data Art

Nous vivons dans l’âge de la donnée : chaque jour, 2,5 quintillions (1 suivi de 18 zéros !) de bytes de données sont générées. Et 90% des données existantes ont été créées sur les deux années écoulées.

Si ces chiffres vous donnent le tournis, c’est normal. Mais considérez qu’aujourd’hui, chacune de nos actions peut produire des données, qu’il s’agisse de l’envoi d’un mail à un collègue, la commande d’un sandwich, ou un trajet en métro. Même la mer et ses vagues génèrent des données, pour qui sait les capter !

Une fois ces données collectées, qu’en fait-on ? Les entreprises s’en servent pour la prise de décision, les scientifiques pour mieux comprendre notre monde. Tout en mobilisant ces deux approches, j’ai une conviction : la data peut être à l’origine d’une œuvre d’art.

De la Data Viz au Data Art

La Data Visualisation part toujours de données concrètes, pour aboutir à des graphiques qui peuvent être aussi simples qu’un diagramme en bâton et aussi complexes qu’une carte interactive.

J’ai réalisé mon doctorat à l’Ecole Polytechnique de Lausanne sur la science des réseaux et la visualisation de données. Quand je crée une œuvre de Data Art, j’utilise les mêmes principes que pour mes travaux scientifiques. Dans un premier temps, je mets en forme les données en utilisant des techniques complexes comme le Machine Learning. Derrière ce terme associé à l’intelligence artificielle se cachent des algorithmes qui analysent des grandes quantités de données pour effectuer des prédictions. On peut s’en servir pour collecter, trier et enrichir les données, et même pour générer des images. Puis le travail créatif commence : quelles couleurs, quelles formes sont les plus appropriées pour transmettre le « message » contenu dans ces données ? Comment puis-je faire naitre l’émotion ? C’est à partir de ce point que le Data Art se distingue de la Data Visualisation.

Montreux Jazz Festival art
When the Music is Good – Kirell Benzi

Passionné de musique, j’ai mené plusieurs projets pour le Montreux Jazz Festival. J’ai produit en 2015 une mappemonde interactive connectant les artistes en fonction du style de musique. J’ai également souhaité cartographier les relations entre les artistes eux-mêmes au sein du festival, afin de distinguer les artistes au cœur du réseau, qui « jam » en partageant la scène avec d’autres musiciens, et ceux qui ne jouent qu’avec leur groupe.  Pour cette œuvre intitulée « When the Music is Good », j’ai choisi de m’extraire de la base réaliste offerte par la carte du monde, et de travailler à partir d’une forme simple mais universelle : le cercle. Les « stars » forment le centre interconnecté de cette galaxie, tandis que les « solitaires » sont isolés en bordure. Les couleurs représentent les différents groupes de personnes jouant ensemble – même si vous ne faites peut-être pas la différence à l’œil nu !

Le résultat est bien basé sur des données réelles, analysées avec rigueur et que l’on comprend à la vision de l’œuvre, mais il ambitionne avant tout de transmettre l’énergie et le partage qui se dégage du festival. C’est du Data Art et plus seulement de la Data Visualisation. Il se distingue également des pratiques d’art génératif, qui créent certes des formes à partir de données, mais sans l’exigence scientifique associée à leur analyse.

Les algorithmes ont-ils une âme ?

Un peintre de la Renaissance utilisait du blanc d’œuf pour lier les pigments sur la toile. Dans ma pratique artistique, les données ont remplacé les couleurs, mais elles ont toujours besoin d’un liant : le réseau. Mon objectif est alors de le rendre visible de la façon la plus expressive possible. Plus généralement, le data storytelling (narration de données) est au cœur de ma démarche. Les données racontent des histoires !

Data artwork by Kirell Benzi
À temps – Kirell Benzi

Partant de 42 millions de positions de piétons enregistrées dans la gare de Lausanne, l’œuvre « A temps » représente les trajectoires des usagers quotidiens. L’étude des déplacements permet de déployer des stratégies d’aménagement urbain pour améliorer la vie des voyageurs. De façon encore plus concrète, si vous êtes passés par la gare un jour, votre itinéraire est sans doute représenté : de l’humain à l’algorithme et de retour à l’humain, la boucle est bouclée.

Voir, sourire, agir

Actif sur internet, j’ai également travaillé à partir de données Wikipédia ou YouTube. J’ai même testé la viralité en créant une œuvre à partir de Star Wars, qui a été vue des centaines de milliers de fois. Si la plupart de mes créations sont visibles et testables en ligne, je suis attaché à leur puissance d’image indépendante. Chaque œuvre est tirée sur support ChromaLuxe pour révéler sa force plastique. Privilégiant une approche minimaliste de formes simples et couleurs vives sur fond noir, les créations peuvent évoquer un ciel étoilé ou une planète brûlante. Elles dépeignent pourtant un univers complexe, insaisissable sous une autre forme.

La nature m’inspire formellement et thématiquement. Pour ma première incursion dans l’art vidéo, j’ai représenté à l’aide de fractales la montée du niveau des océans. Hypnotisé par le ressac de ces marées numériques, on visualise progressivement l’urgence climatique.

Plongez dans le Data Art !

S’il n’est pas (encore) une discipline artistique connue de tous, le Data Art ne demande qu’à s’emparer de nouvelles problématiques. Tout ce qui est nécessaire à son éclosion est le désir de rendre visible les données. Son approche à la fois technique et sensible peut s’appliquer à tous les sujets : c’est mon pari.

Curieux de voir quelle œuvre de data art pourrait naitre de vos données personnelles ou professionnelles ?

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